Critique : Oblivion

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sumer l’histoire d’Oblivion, c’est comme décrire un cyborg mal assemblé, l’hybride de tous les blockbusters de science-fiction possibles et inimaginables.

Les références fourmillent okay, mais la qualité du film en accuse grave le coup.  Par exemple, l’œil rougeoyant de HAL de « 2001 : l’Odyssée de l’espace » y est décliné sous toutes les formes pour bien montrer que les drones = méchants.

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Il y a aussi les Scavs, pseudos-ennemis dont la traduction pas très glorieuse donne en français ‘’Les Chacals’’, et qui revêtent quant à eux des costumes plumés noirs et des masques digne de Predators mixés à des Jawas.

Leur chef, le grand et éclairé Mahatma Morgan Freeman fera sortir Tom Cruise de sa caverne (dans les nuages…) en lui révélant la vérité sur son existence et le libérant de ses illusions (Qui a dit Morpheus ?) S’il s’impose comme un vieux patriarche digne d’Obi-wan c’est plutôt comme un Dark Vador, fumant et haletant, qu’il décédera (une première fois) avec Jack Harper à genoux à ses côtés. La séquence de ‘’rail-shooting’’ -pour employer des termes vidéoludiques- dans le canyon est aussi sans équivoque une référence à celle à la surface de l’Etoile Noire. Jack Harper enfin, contemple ce monde dévasté où seules quelques bribes de civilisations subsistent, et où des monstres rôdent dans le noir, comme Will Smith arpentant le New York dans  »Je suis une légende ».

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Le personnage de Tom Cruise fait penser à bien d’autres rôles de l’acteur. Dans un autre film de science-fiction que fût La Guerre des Mondes, par exemple. Même si il joue dans Oblivion un technicien (malgré tout armé jusqu’aux dents) c’est un mec simple au fond. Comme le docker un peu benêt et n’attendant pas grand chose de la vie du film de Spielberg, c’est un fana de base-ball et qui aime promener les meufs sur sa bécane, même après l’apocalypse. Et c’est toujours en vrai pilote qu’il se place dans le cockpit d’un hélicoptère (ou plutôt d’une grosse libellule blanche) comme dans un remake futuriste de Top Gun. Son costume grisâtre, froid et désincarné, peut renvoyer au costar gris du tueur froid et méthodique qu’il incarnait dans Collateral. Enfin, j’allais presque oublier qu’il agit sur les différents écrans et panneaux de contrôles holographiques du film avec la même dextérité que son personnage dans Minority Report, autre film de SF de Spielberg. Cette tête brûlée rétro-futuriste qu’est Tom, finit bien vite d’esquisser son sourire de bellâtre quand il voit qu’un peu tout le monde autour de lui se fait désintégrer (Comme les victimes des Tripodes de la Guerre des Mondes, là encore)

Tous ses films de science-fiction dans lequel il a joué, sans compter son appartenance à une société secrète vénérant les aliens qu’on ne cite plus (SCIENTOLOGIE!!!) contribue à mettre Tom Cruise parfaitement en phase avec cet univers au sein duquel il importe bon nombres des rôles de sa carrière. Le tout forme un mélange légèrement hétérogène toutefois, comme un film hymne à Tom Cruise, mais on a bien compris, il est plus qu’à sa place.

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La scène du flash-back au sommet de l’Empire State Building, c’est bien entendu une référence à « La Jetée » de Chris Marker qui donnera plus tard naissance à  »L’Armée des douzes singes ». Même place centrale du flashback ici, comme seul lien qui subsiste avec le monde d’avant. Avec entre autre le même point de vu haut placé spatialement, au bord du vide menaçant du néant et de la destruction à venir. C’est aussi le seul écho qui subsiste du monde réel, et dont la compréhension dévoilera à Tom Cruise l’illusion dans laquelle il existait. On nous distille ici encore un peu de Matrix, d’autant plus que l’humanité ayant supposément gagné la guerre est en fait réduite à un état de stase dans des petites boites à l’intérieur du vaisseau mère. Sûrement dans le sombre but d’alimenter en énergie la grosse et méchante machine qu’est Sally.

Parlons en, de Sally, derrière ce nom féminin se cache le gros tétraèdre aux allures vaginales qui pointe vers la terre. Sexisme du réalisateur ? Il n’empêche qu’elle est le prototype même du ‘’vaisseau mère’’, qui a enfanté Jack et tous ses clones. Quand on y repense dans un flashback pas du tout subtil, dans tous les sens que le mot peut recouvrir, on assiste à la ‘’fécondation’’ de Sally par le vaisseau ‘’L’Odyssée’’ à la forme phallique assez évidente. Rigolez pas, l’os qui deviens vaisseau dans ‘’2001 : l’Odyssée de l’espace’’ lui aussi, représente la place centrale du phallus dans l’évolution de l’homme. D’ailleurs, le nom du vaisseau dans Oblivion fait directement référence au film de Kubrick, en plus d’avoir une configuration très similaire. Bref , Jack (d’ailleurs était-il obligé d’appeler une énième fois le héros Jack, franchement ?) Ce Jack donc, il s’aventurera seul dans ce vaisseau mère aux éclairages aux formes abstraites venant tout droit de Tron : L’Héritage, du même réalisateur, pour y apporter une bombe. Parce que ça doit finir en explosion, sinon c’est nul. Sauf qu’ici ce n’est pas le soldat black Will Smith et le geek blanc Jeff Goldblum, qui comme dans Independance Day apporte un virus pour tout faire péter. Ici c’est le blanc Tom Cruise qui est au commande, et le noir Morgan Freeman qui est le virus. Sans préjugé racial aucun. C’est simplement lui qui fait office de laisser passer pour l’entrée du vaisseau, et qui est concepteur du plan et de la bombe visant à sa destruction. En se faisant passer pour le corps de Julia, il constitue (presque) l’ultime des nombreux rebondissements du film. Il surgit en effet de son module de stase comme un diablotin en boîte, au moment où Sally explosera de l’intérieur.

Ce subterfuge pas habile pour un sous, c’est néanmoins le seul rebondissement qui ne soit pas prévisible de tout le film. Même si Morgan évoque quand même le sujet en disant au cours du film qu’il donnerait n’importe quoi pour voir les yeux, ou plutôt l’œil, que ferait la machine en voyant la bombe. Il se fait donc passer pour Julia, réclamée par Sally, cette mère castratrice qui ne souhaite pas que son fils chéri découvre l’amour (et la vérité) avec cette pimbêche brune tombé du ciel.

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Parceque mine de rien, Oblivion est un blockbuster, mais un blockbuster intelligent. Si on fouille un peu, on peut y voir une forme de nihilisme. La religion chrétienne et l’idéal platonicien y sont mis à mal. Tom Cruise fuit en effet son repaire dans les nuages (Platon représentait le monde des idées comme au-dessus des nuages) pour retrouver la nature et la terre, où ce qu’il en reste. Il se ressource sur son petit lopin de paradis à lui, au bord d’un lac. Et Julia le dit bien, quand ils étaient ensembles autrefois, il disait qu’il vieillirait ici : Qu’ensemble, il deviendrait gras, et mourrait dans l’oubli de tous, mais uni ensemble. Aucune notion de paradis ici, de survie dans un arrière monde quelconque, il est bel et bien ici question de paradis sur terre selon eux. Il prône un retour à un panthéiste, une réalité un peu plus prosaïque, mais à un monde qui lui au moins est réelle. La quête de Jack elle-même a pour objectif de sauver la Terre dans le but de s’installer pour y vivre. La rouquine ne cesse de répéter qu’ils iront bientôt sur Titan, alors que la colonie de Titan n’existe pas. N’est qu’un arrière monde fictif instillé dans leur esprit par la machine comme pourrait l’être le paradis par la religion catholique. Et cette même intelligence artificielle maléfique, se revendique enfin comme un ‘’Dieu’’…et finira atomisé. Peut-être y a-t-il un peu d’élucubration dans le fait de trouver tant de sens caché dans un film gros budget. Mais il fallait bien que je fasse quelque chose de mes cours d’étudiants lambda en Licence de Cinéma… Et c’est pour moi en tout cas tout à fait cohérent, car la science-fiction aime à se doter de contenu philosophique

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On a même des références artistiques, avec  »Christina’s World » de Wyeth. Ce tableau, contemplé par les héros, symbolisait pour l’artiste américain le statut affaibli des Etats Unis après la guerre froide. À travers la figure de Christina, atteinte de la polio, on observe en se rapprochant de plus près que ses bras sont trop graciles et ses mains forment des angles anormaux. C’est dans le film la représentation de la Terre ayant gagné la guerre, mais néanmoins affaiblie

Mais ça reste un film à gros budget. Avec l’amie avec qui j’ai été le voir, on s’amusait à prédire ce qui allait se passer dans les secondes qui allaient suivre, et on tombait juste à chaque fois. Le film semble faire naître un don de voyance chez le téléspectateur. En plus de ses punchlines pour la plupart débiles et qui ne veulent rien dire. C’est qui plus est un amas de fric fait pour amasser encore plus de fric car les réalisateurs ont bien saisis qu’un fan de science-fiction ira voir tous les films de science-fiction qui sortent, même les plus nuls. Avec des similarités avec Assassin’s Creed (pour les limites invisibles de la zone de radiation, matérialisés par des murs digitales) ou encore avec Mass Effect pour le soundtrack, le geek lambda est lui aussi appâtée vers les salles obscures.

À mon sens, la relation entre Jack et sa rouquine est l’un des aspects les plus intéressants du film. Elle règne sur leur demeure aseptisée (sorti tout droit d’un magasine IKEA du futur) depuis sa salle de contrôle en hauteur, et par la même sur leur relation. Elle est la tête, Tommy est le bras. C’est aussi elle qui fait la liaison avec Sally pour leur couple créé de toutes pièces et en série par la souveraine IA. Comme dit précédemment, si leur amour n’est peut-être pas complètement platonique (cf la scène de la piscine) C’est en tout cas l’effigie du couple parfait en apparence. Le mariage de raison où chacun s’assemble (sans mauvais jeu de mot) parfaitement, et qui se disloquera à l’arrivée d’une belle brunette un peu sauvage. Lorsque leur union ne formera plus ‘’une fine équipe’’, leur paradis artificiel volera en éclat, chamboulé par un drone envoyé par Sally.

Pour un public lambda, c’est une histoire d’amour tout ce qu’il y a de plus grisante. Prenez une relation fondée par une mère prenant toute la place. Au service de laquelle, la fille à priori bien sous tous les angles mais représentée comme cadrée et monotone, et craignant l’extérieur et l’aventure. Et ajoutez-y un homme, impulsif et curieux rencontrant celle qui s’annonce être la femme dont il rêvait. Sauf qu’Olga Kurylenko, la James Bond Girl de Quantum of Solace, se cantonne à un rôle manquant cruellement de cohérence. Comme le reste du scénario.

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C’est dommage, car Oblivion avait la beauté plastique et l’originalité visuelle profitable à la création d’un univers grandiose. La musique magistrale illustre des décors somptueux. Les paysages d’Islande sont décidément magnifiques. L’ancien designer qu’est Joseph Kosinski compose vraiment un régal pour les yeux. Le design épurée de la maison dans les nuages et des autres éléments fait rêver. Mais le film n’a pas osé innover et s’est emberlificoté dans les ficelles de ses références toujours plus nombreuses. Contrairement à Jack Harper, Kosinski aurait dû faire fi du passé pour conférer à son film un fond nouveau, là où il excellait pourtant par la forme.

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2 réflexions sur “Critique : Oblivion

  1. Je reste pantois face à cette analyse. Beaucoup de chose auquel je n’avais pas pensé, notamment l’aspect phallique du vaisseaux mére, qui n’est pas bête du tout en y repensant et en revoyant le film, d’autres qui saute aux yeux de tout bon fan de sci-fi qui se respecte (les yeux rouges de Hal, les hommes des sables de Star Wars). Pour les références, j’ajouterais Solaris pour la romance (je n’ai en revanche vu que la version de Soderbergh, pas celle de Tarkovski) et Moon (pour les clones).

  2. Merci d’avoir parlé d' »Independence Day », la fin me rappelait tellement le film que j’en riais lors de la projection 😀
    Très fine analyse, Kosiniski devait certainement avoir quelques unes des références que tu cites en tete lorsqu’il a concu le film (et son roman graphique par la même occasion). Dommage que certains pans de son scénario pourtant intéressant tombent vite dans le convenu…

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