Lumières sur : Cahier du Critik

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Un blog très complet et fréquemment mis à jour. Avec des articles qui se lisent tout seul. Mention spéciale aux billets entiers consacrés rien qu’aux soundtrack des films.

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Lone Ranger

Image Au milieu des films d’été avec ce qu’ils ont de bons et de moins bons. Lone Ranger s’impose comme le divertissement à voir avec autant de plaisir que Pirates des Caraibes en son temps. Un hommage aux westerns, tous les westerns, sur un plateau d’argent. Gore Verbinski s’impose comme auteur avec un style à part entière : Un grand gamin qui s’amuse toujours plus à concocter des scènes à l’humour bourré de culots où on ne rit pas qu’à moitié, des scènes de cascades abracadabrantesques (J’ai eu du mal à l’écrire celui-là) et le tout dans des décors toujours aussi grandioses (Mention spéciale aux plans tournés en décors naturels 100% vrai poussière de la Death Valley)

Cela fait longtemps que je n’ai pas eu l’occasion de poster ces temps derniers. Les vacances ainsi qu’un manque de tunes certains. J’ai opté pour une nouvelle présentation, désormais un rapide avis constructif sans spoilers précédera une analyse de films plus approfondis. Histoire de pas vous gâcher le plaisir (et surtout d’être quand même lu un minimum par ceux qui l’aurait pas vu)

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Lone Ranger est il le renouveau du Western ? Sûrement pas. M’est avis que ces dernières années, le Western est le genre qu’on se plaît à ressusciter pour en faire un hybride en gage d’originalité.. Entre « Wild Wild West » trop déjanté, un  »Cow boy VS Envahisseurs » ahem…voilà, et un  »Django » ne pouvant pas être western, étant déjà un Tarantino. Et j’en passe.

Lone Ranger lui, est mi-western, mi-fantastique. (Là où certains voyaient un film de super héros également) Un fantastique qui sert tantôt au charisme du héros, tantôt au lyrisme défenseur des bienfaits cathartique du cinéma. (Comme c’est à la mode depuis un certains temps…) En témoignent les séquences dans la galerie itinérante où le vieux Tanto raconte son histoire pleine de magie, dans un contexte désabusé où l’ouest sauvage n’est plus qu’une statue de faux bison dans une attraction foraine. Le décor artificiel où est enclavé le vieil emplumé est comparable à un écran de cinéma. Il se plait d’ailleurs à jouer avec les limites de cet espace, s’approchant du bord, en évaluant les contours et poussant la limite invisible qui le sépare du petit garçon (Qui lui nous représente, nous, spectateur naïf découvrant l’histoire folle de ce duo, et ayant le choix final d’y croire ou non) J’en profite pour ajouter que je suis fan de la narration non-linéaire du film, très bien orchestré.

C’est une réécriture du western, donc. Là où Leone avec  »Il était une fois dans l’Ouest » détournait les codes du western spaghettis, Verbinski détourne ici les codes de  »Il était une fois dans l’Ouest » et de tous les autres western par la même occasion (Logique).  La vengeance finale du tacos (mexicain) Charles Bronson est ici celle d’un indien, Tonto. Le méchant est toujours l’opportuniste bâtisseur de chemin de fer, sauf que le braqueur de train se trouve être son frère avec qui ils effectuent une ruée non pas vers l’or, mais vers l’argent. La scène où ils attendent le train avec le vieil agent de la SNCWest. Le grincement du moulin à vent. L’attaque des indiens qui arrivent pile lorsque qu’on va chercher de l’eau au puit. La traversée du désert quand ils emmènent Cavendish à la pendaison, qui fait écho au film « Le Bon, la Brute et le Truand » aussi. Ça fait beaucoup de références. On les comptent plus à vrai dire.

Sans s’attarder trop sur les méchants, le twist sur la révélation de qui tire les ficelles est volontairement prévisible de la part de l’équipe du film. Donc arrêtez, chères critiques, de dire :  »Nul, c’est prévisible ! ». je vous félicite pour votre vivacité d’esprit, mais c’est fait exprès ! Juste une petite déception : Que William Fichner n’est pas une mort plus décente. Car il campait quand même un méchant remarquable pendant toute la première moitié du film. Mais il meurt dans une collision de wagon comme un vulgaire péon. Je voulais le voir atterrir au bout d’une corde d’une  pirouette prodigieuse après un combat dantesque avec Armie Hammer. Il a quand même arracher le coeur de son frère, quoi.

Si Johnny Depp prend toujours autant de plaisir à se grimer et à faire le pitre, on est content de ne pas avoir affaire à un Jack Sparrow déguisé en indien (Bien qu’ils soient tous les deux des parias, dérangés et légèrement portés sur la luxure) Ici, plus de démarche bringuebalante, mais un jeu reposant sur l’impassibilité de son visage. On pense à Buster Keaton dans  »le Mécano de la général » qui à la tête de sa locomotive et poursuivi par des bandits gardait la même face inexpressive, d’où il tirait son comique. Il s’en faut de peu pour qu’il laisse à Armie Hammer un peu de place à l’écran. Mais le personnage de ce dernier, avec sa touchante naïveté et un charisme certains arrive à se maintenir comme l’un des rôles principales (Car il est évident que Depp, même si il est présenté comme second rôle et narrateur de l’histoire du Lone Ranger, raffle la mise du rôle principal dans le coeur des spectateurs.)

Si Depp a réussi à mieux appréhender sa relation avec Hammer dans le film. C’est peut être parce qu’il jouait lui même le rôle de cet être candide ramené à la vie (ou à la non-mort du moins) J’étais ainsi obligé de parler du western  »Dead Man » de Jim Jarmush, qui à mon avis a profondément influencé le film, et où le compagnon de route  de Johnny n’est autre qu’un indien emplumé et désincarné nommé  »Nobody ».

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Le rôle de la femme ?

Elle sert à rien. Je veux dire, à part être la récompense finale du héros, ce qui en soit est déjà particulièrement cliché et ridicule. De plus, leur histoire respire l’incohérence à pleins nez.

Soit disant qu’elle l’a toujours aimé à la place de son frère, le courageux mais un peu rustre Ranger du Texas, digne homologue de Chuck Norris (Certes, c’était facile)

Bon okay, mais c’est pas une raison en tant que veuve toute fraîche de se mettre à emballer le frangin aussitôt qu’il nous sauve des méchants pas beaux. Encore, sur ce point là, c’est surtout l’esprit de provocation de Gore à l’œuvre,. Et qui marche plutôt bien vu qu’on ne peut s’empêcher de décocher un sourire. Mais attendez, ce qui suit, ça mérite la mention WTF x1000. Après avoir sauvé madame, chevauchant son étalon, et avec sa plus belle voix de krouner, il fait un speech supposément mi-épique, mi-émouvant sur le fait qu’il ne peut rester. Tandis que sa belle le regarde partir d’un sourire niais en le gratifiant d’un dernier mot d’adieu encore plus idiot. Ensuite il n’épargnera pas au fils de son frère un petit sermon viril, comme quoi le petit est devenu un vrai mâle.

On sait que c’est supposé montrer l’évolution du héros, qui vivait dans l’ombre de son frère, mais dans cet scène il perd complètement la maladresse et la morale stérile qui faisait en principe son charme auprès de la belle. Pourquoi alors le montrer comme devenu la copie de son frère bourru et toujours absent simplement avec un masque en plus ? Ensuite, puisqu’on parle des femmes, Helena Bonham Carter n’apparait pas tant que ça au final. Elle faisait une tête d’affiche en plus. Mais c’est toujours un plaisir (cinématographique) de la voir affriolé encore plus n’importe comment que dans les films de son mari. Son rôle de prostituée reconvertie et l’incroyable ambiance de son lupanar (un huit clos à l’ambiance de Port Royal dans PDC) suffisent à justifier de la parenthèse agréable qu’elle apporte au film. Même si elle est très vite expédiée.

Attention : Les lois de la gravité ne s’applique pas ici.

Les personnages font des chutes d’une trentaine de mètre de haut. Et où dans un film traditionnel, il serait réceptionné par un tas de paille ou un matelas rembourré, ici c’est dans un wagon de train remplis…de minerais d’argent. Mais pas une égratignure hein. Ou alors ils survivent à un choc qui de l’autre côté fait s’oblitérer une locomotive. Mais bon, c’est fait exprès et tellement gros qu’on apprécie car nous fait nous rappeler qu’on regarde un film. Même si notre esprit aura tendance a dérailler quand les wagons de trains et les personnages virevoltants d’une corde à une autre s’enchevêtrent au milieu des divers mouvements de leviers, balanciers en esquivant au passage les copeaux de bois et éclats de verres volants un peu partout (Dans la scène finale notamment) En bref, ceux cherchant un film divertissant et efficace, à la mise en scène irréprochable et à la narration charmante, à l’humour novateur, à la photographie splendide montrant la Vallée de la mort comme jamais auparavant, et enfin à la pointe de lyrisme plutôt touchante, ne devrait surtout pas passer à côté de Lone Ranger

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Gatsby

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Revenu de l’avant première de Gatsby ce soir.

Époustouflé que j’étais, j’ai dû retranscrire mon ressenti avec quelques touches d’analyses personnelles sans vous dévoiler l’histoire, afin de vous donner envie d’aller le voir, quand même.

Concrètement c’est par curiosité que j’y allais. Les bandes annonces ne me laissait par présager de quelque chose de terrible à part peut être d’un film genre  »grosse soirée », sorte de Projet X mais durant la Prohibition. Ce qui m’intriguait c’était les affiches, je trouvais fascinant l’agencement parfait des motifs art déco des affiches façon Métropolis. Avec en même temps un côté assez bling-bling. J’ai donc été le voir pour son affiche avant tout. Mais quand j’ai vu que la bande son était composé par Jay-Z, je me suis dit que c’était peut être bien plus original que je le pensais.

La première demi-heure, notre tête oscille dangereusement. C’est beau certes, mais on s’endort presque. On sait pas trop dans quelle bateau on nous mène. Et puis tout à coup l’intérêt commence à monter…et n’aura de cesser d’aller crescendo jusqu’à….jusqu’à la fin du film, en fait. En même temps, un film tiré d’un roman devenu culte et repris 4 fois au cinéma, l’histoire est obligé d’être bien huilée, sans se dégager par son originalité. Les dialogues, comme le scénario, sont sensiblement les mêmes que la version de 1974 ou encore du livre.

Les images qui défilent devant nous, nous plongent comme dans un état d’ivresse permanente. La photographie est parfaite. Le foisonnement de détails donne le vertige. La 3D n’apporte rien de transcendant, si ce n’est un ancrage d’autant plus réaliste et profond dans cet univers au côté de ses personnages.

La bande son, on en parle ? C’est tout simplement du lait, du miel, du nectar qui coule à flot pour nos oreilles. Il y a des surprises sympathiques comme des morceaux parfaitement rodés à l’action. Voir tout ce beau monde se la coller sur du Jay-Z en 1922 est juste magistrale. N’en déplaise à certains, si le film supposé faire l’éloge de l’âge d’or du jazz n’en diffuse que peu de notes,  ça ne rend le film que plus actuel et permettra au pire de faire connaître les anciens films qui eux, en parlent. Le morceau de Lana Del Rey qu’on entend déjà partout apparaît plusieurs fois, toujours différent, mais on en redemande.

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Tobey Maguire joue parfaitement son rôle d’œil du spectateur, débarquant et arborant un sourire niais et candide devant tout ce qui passe sous son nez. Leonardo Di Caprio, qui a enchaîné les tournages ses derniers temps, et a confié en être exténué, n’en laisse pourtant rien paraître. Il excelle toujours autant dans son jeu de la grandiloquence, renoue à la fois avec ses débuts du jeune amoureux angélique, et ses excès de colères soudains sont toujours aussi désarçonnant. Le costume de Gatsby était taillé pour lui et il prend superbement bien le flambeau à Robert Redford, l’ancien tenant du rôle. De son côté, Carey Mulligan est convaincante en petite femme passive et précieuse bousculé par la vie.

Quand on fouille, ce Gatsby tranche par rapport aux autres quant à son rapport avec la culture indienne.Personnellement, la saturation des couleurs, les costumes affriolants et tape à l’oeil me faisait penser à une comédie Bollywoodienne. Juste avant, lors de la cérémonie d’ouverture du festival de Cannes, l’acteur hindou Amitabh Bachchan, jouant dans le film, présentait le film avec Léonardo en fêtant les 100 ans du cinéma indien, pendant que l’une des membres du jury hindoue elle aussi, souriait de toutes ses dents derrière le voile transparent de son sari. Peut être que tout ça m’a fait voyager et m’a influencer, qui sait.

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D’autre part, on a tous entendu au moins une fois l’histoire du Taj Mahal. Ce monument, considéré comme la preuve d’amour la plus grande et la plus concrète. Un mausolée dédié à son épouse défunte par l’empereur Shâh Jahân qui voulu donner à sa femme le plus somptueux des palais dans lequel elle puisse reposer pour l’éternité. Tout ça c’est bien mignon oui…Tout ça pour dire que c’est dans le même but que Gatsby érige sa luxueuse demeure. Il dit lui même que sa femme fait rayonner la maison. Comme si elle était la pièce manquante à cette ensemble érigé pour elle. À l’intérieur, il la noie, au sens propre du terme, sous une tonne de vêtement luxueux dont on devine qu’ils ont été achetés uniquement pour elle. On le verra entre autre, avachi à terre dans un amas de coussins aux motifs orientaux, la pièce remplie de bougies. On ne peux s’empêcher de penser à un maharadja dans son harem. Sauf qu’ici il n’y a qu’une fille, sa princesse, et qu’il n’a d’yeux que pour elle.

Lui même lui avouera, lors d’une danse, que son érection (du bâtiment, pas celle de Gatsby) a été orchestré pour elle, pour que le moindre détail la comble. Plus qu’une maison, c’est un personnage qu’il s’est construit, il s’est façonné uniquement pour elle. Dans l’objectif de lui plaire.

Enfin, on voit explicitement Gatsby sur une vieille photo sépia, posant en bon dandy à côté du Taj Mahal en Inde. Pour s’être rendu sur les lieux, on sait qu’il est plus que probable que le récit de la construction du mausolée l’ai marquée au point de vouloir la répéter à son échelle, inconsciemment ou non.

Gatsby est aussi bien évidemment comparé à Citizen Kane. Dans son plaisir à amuser, faire parler de lui, son côté mégalo bienveillant, et sa destinée. Les initiales J.G présents un peu partout sur sa propriété font écho à ceux sur le portail de Kane (Ou de Mr.Burns dans les Simpson, aussi…)

Un portail ouvrant sur son palace grandiloquent de Xanadu, ayant inspiré la demeure luxueuse de Gatsb’. Mais ce dernier fait par amour ce que Kane faisait par orgueil. Les moyens qu’il met en œuvre pour paraître aux yeux de tous sont simplement à l’image de ses sentiments, démesurés.

En bref, Gatsby recèle bien d’autres trésors derrières ses somptueuses et superficielles dorures et couleurs psychédéliques… On se tâte un peu avant, hésitant. Et puis au final on plonge la tête la première, avant d’émerger qu’une fois arrivé au générique, complètement béa. Cherchant où sont passés les décors monumentaux, les costumes, la luxure et la musique des fêtes de Gatsby dont on aurait voulu voir et entendre éternellement retentir le palace.

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Critique : Oblivion

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sumer l’histoire d’Oblivion, c’est comme décrire un cyborg mal assemblé, l’hybride de tous les blockbusters de science-fiction possibles et inimaginables.

Les références fourmillent okay, mais la qualité du film en accuse grave le coup.  Par exemple, l’œil rougeoyant de HAL de « 2001 : l’Odyssée de l’espace » y est décliné sous toutes les formes pour bien montrer que les drones = méchants.

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Il y a aussi les Scavs, pseudos-ennemis dont la traduction pas très glorieuse donne en français ‘’Les Chacals’’, et qui revêtent quant à eux des costumes plumés noirs et des masques digne de Predators mixés à des Jawas.

Leur chef, le grand et éclairé Mahatma Morgan Freeman fera sortir Tom Cruise de sa caverne (dans les nuages…) en lui révélant la vérité sur son existence et le libérant de ses illusions (Qui a dit Morpheus ?) S’il s’impose comme un vieux patriarche digne d’Obi-wan c’est plutôt comme un Dark Vador, fumant et haletant, qu’il décédera (une première fois) avec Jack Harper à genoux à ses côtés. La séquence de ‘’rail-shooting’’ -pour employer des termes vidéoludiques- dans le canyon est aussi sans équivoque une référence à celle à la surface de l’Etoile Noire. Jack Harper enfin, contemple ce monde dévasté où seules quelques bribes de civilisations subsistent, et où des monstres rôdent dans le noir, comme Will Smith arpentant le New York dans  »Je suis une légende ».

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Le personnage de Tom Cruise fait penser à bien d’autres rôles de l’acteur. Dans un autre film de science-fiction que fût La Guerre des Mondes, par exemple. Même si il joue dans Oblivion un technicien (malgré tout armé jusqu’aux dents) c’est un mec simple au fond. Comme le docker un peu benêt et n’attendant pas grand chose de la vie du film de Spielberg, c’est un fana de base-ball et qui aime promener les meufs sur sa bécane, même après l’apocalypse. Et c’est toujours en vrai pilote qu’il se place dans le cockpit d’un hélicoptère (ou plutôt d’une grosse libellule blanche) comme dans un remake futuriste de Top Gun. Son costume grisâtre, froid et désincarné, peut renvoyer au costar gris du tueur froid et méthodique qu’il incarnait dans Collateral. Enfin, j’allais presque oublier qu’il agit sur les différents écrans et panneaux de contrôles holographiques du film avec la même dextérité que son personnage dans Minority Report, autre film de SF de Spielberg. Cette tête brûlée rétro-futuriste qu’est Tom, finit bien vite d’esquisser son sourire de bellâtre quand il voit qu’un peu tout le monde autour de lui se fait désintégrer (Comme les victimes des Tripodes de la Guerre des Mondes, là encore)

Tous ses films de science-fiction dans lequel il a joué, sans compter son appartenance à une société secrète vénérant les aliens qu’on ne cite plus (SCIENTOLOGIE!!!) contribue à mettre Tom Cruise parfaitement en phase avec cet univers au sein duquel il importe bon nombres des rôles de sa carrière. Le tout forme un mélange légèrement hétérogène toutefois, comme un film hymne à Tom Cruise, mais on a bien compris, il est plus qu’à sa place.

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La scène du flash-back au sommet de l’Empire State Building, c’est bien entendu une référence à « La Jetée » de Chris Marker qui donnera plus tard naissance à  »L’Armée des douzes singes ». Même place centrale du flashback ici, comme seul lien qui subsiste avec le monde d’avant. Avec entre autre le même point de vu haut placé spatialement, au bord du vide menaçant du néant et de la destruction à venir. C’est aussi le seul écho qui subsiste du monde réel, et dont la compréhension dévoilera à Tom Cruise l’illusion dans laquelle il existait. On nous distille ici encore un peu de Matrix, d’autant plus que l’humanité ayant supposément gagné la guerre est en fait réduite à un état de stase dans des petites boites à l’intérieur du vaisseau mère. Sûrement dans le sombre but d’alimenter en énergie la grosse et méchante machine qu’est Sally.

Parlons en, de Sally, derrière ce nom féminin se cache le gros tétraèdre aux allures vaginales qui pointe vers la terre. Sexisme du réalisateur ? Il n’empêche qu’elle est le prototype même du ‘’vaisseau mère’’, qui a enfanté Jack et tous ses clones. Quand on y repense dans un flashback pas du tout subtil, dans tous les sens que le mot peut recouvrir, on assiste à la ‘’fécondation’’ de Sally par le vaisseau ‘’L’Odyssée’’ à la forme phallique assez évidente. Rigolez pas, l’os qui deviens vaisseau dans ‘’2001 : l’Odyssée de l’espace’’ lui aussi, représente la place centrale du phallus dans l’évolution de l’homme. D’ailleurs, le nom du vaisseau dans Oblivion fait directement référence au film de Kubrick, en plus d’avoir une configuration très similaire. Bref , Jack (d’ailleurs était-il obligé d’appeler une énième fois le héros Jack, franchement ?) Ce Jack donc, il s’aventurera seul dans ce vaisseau mère aux éclairages aux formes abstraites venant tout droit de Tron : L’Héritage, du même réalisateur, pour y apporter une bombe. Parce que ça doit finir en explosion, sinon c’est nul. Sauf qu’ici ce n’est pas le soldat black Will Smith et le geek blanc Jeff Goldblum, qui comme dans Independance Day apporte un virus pour tout faire péter. Ici c’est le blanc Tom Cruise qui est au commande, et le noir Morgan Freeman qui est le virus. Sans préjugé racial aucun. C’est simplement lui qui fait office de laisser passer pour l’entrée du vaisseau, et qui est concepteur du plan et de la bombe visant à sa destruction. En se faisant passer pour le corps de Julia, il constitue (presque) l’ultime des nombreux rebondissements du film. Il surgit en effet de son module de stase comme un diablotin en boîte, au moment où Sally explosera de l’intérieur.

Ce subterfuge pas habile pour un sous, c’est néanmoins le seul rebondissement qui ne soit pas prévisible de tout le film. Même si Morgan évoque quand même le sujet en disant au cours du film qu’il donnerait n’importe quoi pour voir les yeux, ou plutôt l’œil, que ferait la machine en voyant la bombe. Il se fait donc passer pour Julia, réclamée par Sally, cette mère castratrice qui ne souhaite pas que son fils chéri découvre l’amour (et la vérité) avec cette pimbêche brune tombé du ciel.

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Parceque mine de rien, Oblivion est un blockbuster, mais un blockbuster intelligent. Si on fouille un peu, on peut y voir une forme de nihilisme. La religion chrétienne et l’idéal platonicien y sont mis à mal. Tom Cruise fuit en effet son repaire dans les nuages (Platon représentait le monde des idées comme au-dessus des nuages) pour retrouver la nature et la terre, où ce qu’il en reste. Il se ressource sur son petit lopin de paradis à lui, au bord d’un lac. Et Julia le dit bien, quand ils étaient ensembles autrefois, il disait qu’il vieillirait ici : Qu’ensemble, il deviendrait gras, et mourrait dans l’oubli de tous, mais uni ensemble. Aucune notion de paradis ici, de survie dans un arrière monde quelconque, il est bel et bien ici question de paradis sur terre selon eux. Il prône un retour à un panthéiste, une réalité un peu plus prosaïque, mais à un monde qui lui au moins est réelle. La quête de Jack elle-même a pour objectif de sauver la Terre dans le but de s’installer pour y vivre. La rouquine ne cesse de répéter qu’ils iront bientôt sur Titan, alors que la colonie de Titan n’existe pas. N’est qu’un arrière monde fictif instillé dans leur esprit par la machine comme pourrait l’être le paradis par la religion catholique. Et cette même intelligence artificielle maléfique, se revendique enfin comme un ‘’Dieu’’…et finira atomisé. Peut-être y a-t-il un peu d’élucubration dans le fait de trouver tant de sens caché dans un film gros budget. Mais il fallait bien que je fasse quelque chose de mes cours d’étudiants lambda en Licence de Cinéma… Et c’est pour moi en tout cas tout à fait cohérent, car la science-fiction aime à se doter de contenu philosophique

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On a même des références artistiques, avec  »Christina’s World » de Wyeth. Ce tableau, contemplé par les héros, symbolisait pour l’artiste américain le statut affaibli des Etats Unis après la guerre froide. À travers la figure de Christina, atteinte de la polio, on observe en se rapprochant de plus près que ses bras sont trop graciles et ses mains forment des angles anormaux. C’est dans le film la représentation de la Terre ayant gagné la guerre, mais néanmoins affaiblie

Mais ça reste un film à gros budget. Avec l’amie avec qui j’ai été le voir, on s’amusait à prédire ce qui allait se passer dans les secondes qui allaient suivre, et on tombait juste à chaque fois. Le film semble faire naître un don de voyance chez le téléspectateur. En plus de ses punchlines pour la plupart débiles et qui ne veulent rien dire. C’est qui plus est un amas de fric fait pour amasser encore plus de fric car les réalisateurs ont bien saisis qu’un fan de science-fiction ira voir tous les films de science-fiction qui sortent, même les plus nuls. Avec des similarités avec Assassin’s Creed (pour les limites invisibles de la zone de radiation, matérialisés par des murs digitales) ou encore avec Mass Effect pour le soundtrack, le geek lambda est lui aussi appâtée vers les salles obscures.

À mon sens, la relation entre Jack et sa rouquine est l’un des aspects les plus intéressants du film. Elle règne sur leur demeure aseptisée (sorti tout droit d’un magasine IKEA du futur) depuis sa salle de contrôle en hauteur, et par la même sur leur relation. Elle est la tête, Tommy est le bras. C’est aussi elle qui fait la liaison avec Sally pour leur couple créé de toutes pièces et en série par la souveraine IA. Comme dit précédemment, si leur amour n’est peut-être pas complètement platonique (cf la scène de la piscine) C’est en tout cas l’effigie du couple parfait en apparence. Le mariage de raison où chacun s’assemble (sans mauvais jeu de mot) parfaitement, et qui se disloquera à l’arrivée d’une belle brunette un peu sauvage. Lorsque leur union ne formera plus ‘’une fine équipe’’, leur paradis artificiel volera en éclat, chamboulé par un drone envoyé par Sally.

Pour un public lambda, c’est une histoire d’amour tout ce qu’il y a de plus grisante. Prenez une relation fondée par une mère prenant toute la place. Au service de laquelle, la fille à priori bien sous tous les angles mais représentée comme cadrée et monotone, et craignant l’extérieur et l’aventure. Et ajoutez-y un homme, impulsif et curieux rencontrant celle qui s’annonce être la femme dont il rêvait. Sauf qu’Olga Kurylenko, la James Bond Girl de Quantum of Solace, se cantonne à un rôle manquant cruellement de cohérence. Comme le reste du scénario.

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C’est dommage, car Oblivion avait la beauté plastique et l’originalité visuelle profitable à la création d’un univers grandiose. La musique magistrale illustre des décors somptueux. Les paysages d’Islande sont décidément magnifiques. L’ancien designer qu’est Joseph Kosinski compose vraiment un régal pour les yeux. Le design épurée de la maison dans les nuages et des autres éléments fait rêver. Mais le film n’a pas osé innover et s’est emberlificoté dans les ficelles de ses références toujours plus nombreuses. Contrairement à Jack Harper, Kosinski aurait dû faire fi du passé pour conférer à son film un fond nouveau, là où il excellait pourtant par la forme.